
En résumé :
- L’abondance sur une petite surface ne vient pas du travail acharné, mais d’un design intelligent qui imite la nature.
- Créez votre propre sol fertile sans effort grâce à la culture en lasagne, en recyclant les déchets organiques.
- Maximisez l’espace en superposant les cultures dans le temps et l’espace (verticalité, guildes de plantes comme la Milpa).
- Nourrissez et protégez le sol en le gardant toujours couvert (paillage), c’est la clé de la fertilité et de l’économie d’eau.
- Intégrez des fleurs et des plantes aromatiques pour attirer les pollinisateurs et repousser les nuisibles, créant un écosystème auto-régulé.
Imaginer un jardin de 20m² en pleine ville capable de produire 50kg de légumes frais par an peut sembler une utopie. Le citadin, pressé par le temps et limité par l’espace, se heurte souvent à la dure réalité : un sol pauvre, un manque de place et un entretien qui devient vite une corvée. Les solutions classiques consistent à acheter du terreau, des tuteurs, des engrais, transformant le rêve d’autonomie en une course à la consommation. On empile des jardinières, on traite les pucerons, on arrose sans cesse, pour des résultats souvent décevants. On se concentre sur les plantes, en oubliant l’essentiel : le système qui les soutient.
Et si la véritable clé n’était pas de *faire plus*, mais de *connecter mieux* ? La permaculture, bien plus qu’une simple méthode de jardinage, est une philosophie de design qui s’inspire des écosystèmes naturels pour créer des systèmes productifs, résilients et largement autonomes. L’objectif n’est pas de forcer la nature, mais de créer les conditions pour que l’abondance émerge d’elle-même. Il ne s’agit pas de cultiver des légumes, mais de concevoir un écosystème productif où chaque élément remplit plusieurs fonctions et soutient les autres. Votre jardin ne devient plus une charge, mais un partenaire qui travaille avec vous.
Cet article n’est pas une liste de techniques isolées. C’est un guide systémique pour vous apprendre à penser comme un designer en permaculture. Nous allons déconstruire le mythe de la productivité par l’effort pour le remplacer par celui de l’abondance par l’intelligence. De la création d’un sol vivant à partir de rien à l’orchestration de guildes de plantes qui s’entraident, vous découvrirez comment transformer votre petit lopin de terre en une oasis de fertilité cyclique, prouvant que même sur 20m², l’autonomie n’est pas un rêve, mais le résultat d’un bon design.
Pour vous inspirer sur l’intégration harmonieuse d’espaces de culture dans votre lieu de vie, la vidéo suivante offre une belle immersion visuelle. Elle illustre comment l’architecture et le végétal peuvent dialoguer pour créer des environnements à la fois esthétiques et productifs.
Pour naviguer à travers les différentes strates de ce design d’abondance, ce guide est structuré en étapes logiques. Vous découvrirez comment bâtir la fertilité, observer votre milieu, associer les plantes, optimiser l’espace et, finalement, planifier l’ensemble pour une efficacité maximale et un entretien minimal.
Sommaire : Concevoir votre écosystème de jardin urbain
- Culture en lasagne : comment transformer une pelouse en potager fertile sans retourner la terre ?
- Milpa (Mais-Haricot-Courge) : pourquoi cette association amérindienne est le trio gagnant ?
- Tours à fraises et tipis : comment cultiver en hauteur pour doubler la surface au sol ?
- Pourquoi laisser la terre à nu est le crime n°1 en permaculture (et comment pailler) ?
- Quand semer des fleurs mellifères pour garantir la fécondation de vos courgettes ?
- Comment tester votre sol en 5 minutes pour éviter d’acheter des plantes incompatibles ?
- Où planter la lavande pour repousser naturellement les pucerons des rosiers ?
- Comment planifier un extérieur paysager qui demande moins de 2h d’entretien par semaine ?
Culture en lasagne : comment transformer une pelouse en potager fertile sans retourner la terre ?
Oubliez la bêche et la sueur. Le premier principe d’un écosystème efficace est de laisser la nature travailler à votre place. La culture en lasagne, ou « lasagna bed », est une technique de biomimétisme urbain qui imite la création d’humus en forêt. Elle consiste à superposer des couches de matières organiques « brunes » (riches en carbone, comme le carton, les feuilles mortes) et « vertes » (riches en azote, comme les tontes de gazon, les déchets de cuisine) directement sur le sol existant, même une pelouse.
Le processus est simple : une couche de carton posée au sol étouffe les « mauvaises herbes » sans effort. Par-dessus, l’alternance des couches crée un composteur géant à ciel ouvert. Les micro-organismes, les vers de terre et les champignons se chargent de décomposer cette matière, créant en quelques mois un sol noir, riche et aéré, prêt à accueillir vos cultures les plus gourmandes. C’est l’exemple parfait de la fertilité cyclique : vous transformez les « déchets » de la ville et du jardin en or noir, sans aucun travail du sol qui détruirait sa structure et sa vie microbienne. Pour le citadin, c’est une révolution : les cartons des livraisons, le marc de café du bistrot du coin et les feuilles du parc voisin deviennent les briques de votre future abondance.
Cette méthode permet non seulement de démarrer un potager fertile sur n’importe quelle surface, mais aussi de construire un sol profond et spongieux qui retiendra l’eau, réduisant considérablement les besoins en arrosage. L’épaisseur et la composition de la lasagne peuvent être adaptées aux besoins spécifiques des futures cultures.
Pour vous guider, voici une comparaison des « recettes » de lasagne selon les légumes que vous souhaitez planter. Comme le montre cette analyse tirée de la pratique, ajuster les proportions est la clé du succès.
| Type de culture | Hauteur totale | Ratio C/N | Couches spécifiques | Temps décomposition |
|---|---|---|---|---|
| Légumes-feuilles (salades, épinards) | 25-30 cm | 50/50 | Tontes fraîches dominantes | 4-6 semaines |
| Légumes-racines (carottes, panais) | 40-50 cm | 60/40 | BRF en base, terre fine en surface | 8-10 semaines |
| Légumes-fruits (tomates, courges) | 35-40 cm | 55/45 | Fumier composté en milieu | 6-8 semaines |
Votre plan d’action : réussir votre lasagne du premier coup
- Fondations : Poser une couche de carton brun non imprimé directement sur la pelouse ou le sol, en faisant se chevaucher les morceaux pour bloquer toute lumière et étouffer les herbes indésirables.
- Alternance des couches : Superposer une couche « verte » de 5-10 cm (tontes, déchets de cuisine) avec une couche « brune » de 10-15 cm (paille, feuilles mortes, carton déchiqueté). Répéter l’opération 2 à 3 fois.
- Adaptation à la culture : Pour des légumes-racines, viser une hauteur finale de 40 cm minimum avec un ratio carbone/azote de 60/40. Pour des salades, 30 cm avec un ratio 50/50 suffisent pour une décomposition plus rapide.
- Finition : Terminer par une couche de 10 cm de compost bien mûr ou de terreau de bonne qualité pour pouvoir planter ou semer immédiatement.
- Activation : Arroser l’ensemble généreusement pour lancer le processus de décomposition et assurer un bon contact entre les différentes couches.
En adoptant cette approche, vous ne préparez pas seulement une parcelle ; vous initiez un processus vivant qui améliorera la fertilité de votre jardin année après année.
Comment tester votre sol en 5 minutes pour éviter d’acheter des plantes incompatibles ?
Avant de planter quoi que ce soit, le premier commandement en permaculture est : « observer et interagir ». Connaître la nature de votre sol est plus important que n’importe quel calendrier de semis. Un sol trop acide ou trop alcalin (son pH), ou une structure trop compactée, condamnera les plantes les plus robustes si elles n’y sont pas adaptées. Inutile d’investir dans des plants de myrtilles (qui aiment l’acidité) si votre sol est calcaire. L’observation des « plantes bio-indicatrices », ces herbes sauvages qui poussent spontanément, est une première lecture gratuite et instantanée.
Un tapis de pissenlits ? Votre sol est probablement riche mais compacté. Une invasion de liserons ? Il y a sûrement un excès d’azote. Ces plantes ne sont pas des ennemies, mais des messagères. Elles vous informent sur l’état de santé de votre écosystème souterrain et sur les actions à mener : aérer, équilibrer, ou parfois, simplement laisser faire. Pour une analyse plus précise, notamment du pH, nul besoin d’un laboratoire. Un simple chou rouge acheté au marché peut se transformer en un outil de diagnostic redoutable.

Cette compréhension intime de votre terre est la base d’un design intelligent. Elle vous permet de choisir des plantes qui s’y épanouiront naturellement, réduisant drastiquement l’entretien, les maladies et les besoins en amendements. C’est un dialogue qui s’instaure : le sol vous parle à travers ses plantes, et vous lui répondez par des actions ciblées, créant un partenariat fertile plutôt qu’un combat incessant.
Test de pH maison avec du chou rouge
Une méthode simple et étonnamment précise pour connaître l’acidité de votre sol. Faites bouillir deux feuilles de chou rouge dans un quart de litre d’eau pendant 10 minutes, puis filtrez pour ne garder que le jus violet. Dans un verre, mélangez deux cuillères de votre terre avec un peu de ce jus. La magie opère : si le mélange vire au rose/rouge, votre sol est acide (pH inférieur à 6). S’il devient bleu ou verdâtre, il est alcalin (pH supérieur à 7). Un jus qui reste violet indique un sol neutre, idéal pour la majorité des légumes. Cette information cruciale vous guidera dans le choix de vos plantes et des amendements (cendre pour sol acide, compost pour sol alcalin).
En apprenant à lire votre sol, vous passez du statut de simple jardinier à celui de véritable partenaire de votre terrain, capable d’anticiper ses besoins et de maximiser son potentiel.
Milpa (Mais-Haricot-Courge) : pourquoi cette association amérindienne est le trio gagnant ?
La permaculture ne s’intéresse pas aux plantes individuelles, mais aux « guildes » : des communautés de plantes qui collaborent, se protègent et s’optimisent mutuellement. L’exemple le plus emblématique de cette synergie vivante est la « Milpa », ou l’association des « trois sœurs », pratiquée depuis des millénaires en Amérique centrale. Ce n’est pas une simple juxtaposition, mais un système intégré d’une intelligence remarquable. Le maïs, planté en premier, sert de tuteur naturel solide pour le haricot qui grimpe. Le haricot, comme toutes les légumineuses, a la capacité de capter l’azote de l’air et de le fixer dans le sol via ses racines, fertilisant ainsi gratuitement le maïs, très gourmand en azote.
Enfin, la courge, avec ses larges feuilles, rampe au sol et forme un paillage vivant. Elle conserve l’humidité du sol en limitant l’évaporation, empêche la prolifération des herbes indésirables par son ombre, et ses tiges piquantes découragent certains prédateurs. Chaque plante comble les besoins des autres, créant un micro-écosystème résilient et hautement productif sur une surface minimale. C’est l’antithèse du potager en rangs d’oignons, où chaque plante est en compétition avec sa voisine. Ici, 1+1+1 = 5.
L’adaptation de ce principe en milieu urbain est tout à fait possible, même en pots, en choisissant des variétés naines. On peut même y ajouter une « quatrième sœur », comme la capucine, qui agira comme plante-piège en attirant les pucerons loin du trio principal, tout en offrant ses fleurs comestibles. La Milpa nous enseigne une leçon fondamentale : la densité et la diversité, lorsqu’elles sont bien orchestrées, sont les moteurs de l’abondance.
Étude de cas : une mini-Milpa sur un balcon
Une expérimentation a été menée pour adapter la Milpa à un grand pot de 50L. Un pied de maïs variété naine (‘Tom Pouce’) a été planté au centre, entouré de trois plants de haricots nains et d’un plant de courgette ‘Ronde de Nice’ en bordure. Le système s’est autorégulé : le maïs a servi de tuteur, le haricot a enrichi le sol en azote (estimé à 15-20g/m² sur la saison), et la courgette a réduit les besoins en arrosage de 30% grâce à son couvert végétal. Après trois mois, la récolte a été de 8 épis de maïs, 1,5 kg de haricots et 6 courgettes, une production remarquable pour un si petit volume, démontrant la puissance des synergies végétales.
En appliquant ce principe de guildes, vous ne gérez plus des plantes, vous dirigez un orchestre où chaque instrument joue sa partition pour créer une symphonie de croissance.
Tours à fraises et tipis : comment cultiver en hauteur pour doubler la surface au sol ?
Sur 20m², chaque centimètre carré est précieux. La densification intelligente consiste à penser en trois dimensions. La culture verticale n’est pas un gadget, c’est une stratégie fondamentale pour multiplier la surface de production sans agrandir le jardin. Des structures comme les tours à pommes de terre ou à fraises, les tipis pour haricots grimpants ou les treillages le long des murs transforment des surfaces verticales inutilisées en zones de culture luxuriantes. Une simple tour de 50cm de diamètre peut accueillir 20 à 30 plants de fraisiers, une production qui nécessiterait plusieurs mètres carrés en culture à plat.
Cette stratégie va au-delà du simple gain de place. Elle améliore la circulation de l’air autour des plantes, réduisant les risques de maladies fongiques. Elle facilite la récolte en la mettant à portée de main et éloigne les fruits et légumes des prédateurs du sol comme les limaces. L’efficacité de ces systèmes est telle que même des versions commerciales aéroponiques démontrent qu’il est possible d’obtenir un rendement jusqu’à 65% supérieur avec 90% d’économie d’eau par rapport à la culture en terre. Si ces chiffres concernent des technologies avancées, ils illustrent le potentiel immense de la verticalité.

Cependant, la culture verticale a ses propres défis. Le substrat dans les contenants s’assèche plus vite, les nutriments s’épuisent rapidement et les structures hautes peuvent avoir une forte prise au vent. Un design intelligent anticipe ces problèmes : intégration d’un système d’irrigation central (un simple tuyau en PVC perforé), apport régulier de compost liquide (purin d’ortie), et lestage de la base de la structure. En combinant la verticalité (culture en hauteur) avec la succession (planter une nouvelle culture dès qu’une autre est récoltée), on peut véritablement faire plusieurs récoltes sur le même « mètre carré virtuel » au cours d’une saison.
En pensant verticalement, vous ne faites pas que gagner de la place ; vous changez radicalement le potentiel productif de votre petit jardin urbain.
Pourquoi laisser la terre à nu est le crime n°1 en permaculture (et comment pailler) ?
Dans une forêt, le sol n’est jamais nu. Il est toujours recouvert d’une couche de feuilles, de branches et de débris organiques en décomposition. Cette couverture, c’est la peau de la Terre. Laisser un sol à nu dans un jardin est une aberration écologique. Un sol exposé est vulnérable à tout : l’érosion par la pluie et le vent, le compactage sous l’effet des gouttes, l’évaporation massive de son eau sous le soleil, et la mort de sa précieuse vie microbienne, qui fuit la lumière et la sécheresse. Un sol nu est un sol qui meurt.
Le paillage, ou « mulch », est l’acte de recréer cette couverture protectrice. Il s’agit de la stratégie la plus simple et la plus puissante pour un jardinier en permaculture. Un bon paillage de 10-15 cm d’épaisseur peut réduire les besoins en arrosage jusqu’à 70%. Il empêche la germination des herbes indésirables, économisant des heures de désherbage. En se décomposant lentement, il nourrit le sol et sa myriade d’habitants, entretenant la fertilité cyclique de votre écosystème. C’est un hôtel cinq étoiles pour les vers de terre, qui aèrent et fertilisent le sol à votre place.
La beauté de cette technique en ville, c’est que les ressources pour pailler sont partout et souvent gratuites. Votre paillage devient un menu varié pour votre sol, chaque matériau apportant des bénéfices différents. Un paillis carboné comme les copeaux de bois aura une décomposition lente, idéal pour les cultures pérennes, tandis qu’un paillis azoté comme le marc de café se décomposera vite, offrant un coup de fouet nutritif aux légumes-feuilles.
Le tableau suivant, inspiré des pratiques de récupération urbaine, vous donne un aperçu des ressources à votre portée.
| Type de paillis | Source urbaine | Durée décomposition | Apport nutritif | Coût |
|---|---|---|---|---|
| Copeaux de bois | Élagueurs municipaux | 2-3 ans | Faible (C/N élevé) | Gratuit |
| Cosses de cacao | Chocolatiers locaux | 1 an | Moyen (potassium) | 0-5€/sac |
| Feuilles mortes | Parcs publics automne | 6 mois | Bon (minéraux) | Gratuit |
| Marc de café | Cafés et bistrots | 3 mois | Excellent (azote) | Gratuit |
| Carton ondulé | Commerces locaux | 4-6 mois | Nul mais structure | Gratuit |
Couvrir votre sol n’est pas une tâche de jardinage, c’est un acte de respect et de soin fondamental qui vous sera rendu au centuple en fertilité, en économie d’eau et en temps gagné.
Quand semer des fleurs mellifères pour garantir la fécondation de vos courgettes ?
Un potager sans insectes est un potager stérile. La production de la plupart de nos légumes-fruits (courgettes, tomates, concombres, fraises) dépend entièrement du travail des pollinisateurs : abeilles, bourdons, syrphes… En ville, où ces précieux auxiliaires peuvent être rares, il est crucial de les attirer activement. Planter des fleurs n’est donc pas un simple geste esthétique, c’est une stratégie de production à part entière. Mais attention, il ne suffit pas de semer un sachet de « prairie fleurie » au hasard.
Un design permacole efficace planifie un « relais floral ». L’objectif est d’offrir une source de nectar et de pollen en continu, de début du printemps à la fin de l’automne, pour attirer et fidéliser les populations de pollinisateurs. On sèmera donc des fleurs à floraison précoce comme la phacélie pour les premières fèves, puis on prendra le relais avec la bourrache dont la floraison continue coïncidera avec celle des courgettes et des tomates, et enfin les cosmos ou les soucis assureront la pollinisation des courges d’automne. Une densité d’environ 1 gramme de graines par mètre carré, semées à la volée, suffit à créer un buffet attractif.
De plus, de nombreuses fleurs ont des fonctions multiples. Les œillets d’Inde sécrètent dans leurs racines une substance qui repousse les nématodes, des vers microscopiques qui attaquent les racines des tomates. La capucine, comme nous l’avons vu, agit comme une plante-piège pour les pucerons. En intégrant ces fleurs non pas en bordure, mais au cœur même du potager, vous créez un maillage de services écosystémiques. Vous ne nourrissez plus seulement les humains, vous nourrissez l’ensemble de l’écosystème productif, qui en retour, prendra soin de vos cultures.
La triple fonction des fleurs dans un potager de 20m²
Une expérimentation a montré la puissance des fleurs multifonctionnelles. Des capucines plantées en bordure ont attiré les pucerons, protégeant les légumes (culture-piège). Leurs fleurs comestibles ont permis une récolte de 30 fleurs par semaine pour les salades. En fin de vie, leurs feuilles ont été utilisées comme paillage riche en soufre. Parallèlement, des œillets d’Inde intercalés entre les pieds de tomates ont entraîné une réduction de 70% des attaques de nématodes, confirmant leur effet protecteur. L’intégration de ces alliées florales est un investissement minime pour un gain de résilience et de production majeur.
En devenant un berger de pollinisateurs, vous assurez la fécondité de votre jardin et participez activement à la préservation de la biodiversité en milieu urbain.
Où planter la lavande pour repousser naturellement les pucerons des rosiers ?
L’une des applications les plus fascinantes de la permaculture est la lutte biologique par association. Au lieu de pulvériser des produits, même biologiques, on utilise les propriétés répulsives ou attractives de certaines plantes pour protéger les autres. C’est une véritable « forteresse aromatique » que l’on déploie. La lavande est un exemple parfait. Son parfum puissant, si agréable pour nous, perturbe l’odorat des pucerons qui peinent alors à localiser leurs plantes hôtes préférées, comme les rosiers ou les pieds de tomates.
Le placement est stratégique. Planter la lavande à moins de 1,5 mètre des plantes à protéger est crucial pour que les composés volatils qu’elle émet forment un bouclier olfactif efficace. Cependant, il faut aussi respecter une distance d’au moins 40 cm pour éviter la concurrence pour l’eau et les nutriments. Une haie de lavande plantée sur le côté le plus ensoleillé du potager crée une barrière protectrice tout en attirant massivement les bourdons et autres pollinisateurs. Le romarin, planté aux quatre coins, repoussera la piéride du chou, tandis que le thym en bordure a un effet répulsif sur les limaces.
Il est important de démystifier certaines idées reçues. Non, la menthe ne protège pas tout le potager ; elle est si invasive qu’elle doit être contenue en pot. Quant au basilic qui améliorerait le goût des tomates, les preuves sont anecdotiques. En revanche, son effet répulsif sur les pucerons est bien réel, grâce au linalol qu’il produit. Il ne s’agit pas de magie, mais de biochimie. En comprenant ces interactions, on peut orchestrer des associations qui créent un environnement sain et résistant, où les « nuisibles » sont naturellement régulés.
Stratégie de forteresse aromatique sur 20m²
La mise en place d’un périmètre défensif aromatique autour d’un petit potager a donné des résultats probants. Des plants de lavande ont été disposés tous les 60 cm sur la bordure sud, du romarin aux quatre coins et du thym le long de la bordure ouest. Après une saison, on a observé une réduction de 60% des attaques de pucerons sur les cultures sensibles et une présence accrue de 40% d’insectes auxiliaires (coccinelles, syrphes) attirés par les fleurs. L’investissement initial a été rapidement rentabilisé par l’économie de traitements et la meilleure santé générale des plantes.
En utilisant les plantes comme des alliées, vous transformez votre jardin en un système de défense naturel, réduisant l’entretien et augmentant la résilience de l’ensemble.
À retenir
- Le sol est le moteur : La fertilité ne s’achète pas, elle se construit en continu par la culture en lasagne et le paillage systématique.
- La collaboration avant la compétition : Les guildes de plantes comme la Milpa augmentent le rendement global en créant des synergies bénéfiques.
- Penser en 3D : La culture verticale est indispensable en ville pour multiplier la surface productive et améliorer la santé des plantes.
Comment planifier un extérieur paysager qui demande moins de 2h d’entretien par semaine ?
L’objectif ultime d’un design en permaculture n’est pas seulement la production, mais aussi l’efficience. Un système bien conçu devrait, une fois mature, fonctionner avec un minimum d’interventions humaines. Atteindre 50kg de légumes sur 20m² avec moins de deux heures d’entretien par semaine est possible, à condition d’avoir planifié l’ensemble de manière systémique. Cela implique de combiner toutes les stratégies que nous avons vues : un sol vivant et auto-fertile, des guildes de plantes, une densification verticale et une protection biologique intégrée. L’ambition est réaliste, car un jardinier de Rouen démontre qu’il est possible de produire 300kg de légumes sur 50m², soit 6kg/m², en culture bio-intensive.
La planification passe par un « zonage » intelligent. Les plantes qui demandent le plus d’attention (salades à couper, herbes aromatiques pour la cuisine) sont placées au plus près de la maison (Zone 1). Les cultures principales (tomates, courgettes) un peu plus loin (Zone 2). Cette organisation simple minimise les déplacements et optimise chaque geste. La planification temporelle est tout aussi cruciale. On planifie des rotations et des successions de cultures pour qu’aucun espace ne reste vide. Dès qu’une parcelle de radis est récoltée en avril, on y sème des haricots. Après les haricots en août, on plante de la mâche pour l’hiver.
La mise en place initiale demande un investissement en temps (créer les lasagnes, installer les structures verticales), mais c’est un investissement pour l’avenir. Une fois l’écosystème lancé, l’entretien se résume à planter, pailler, observer et récolter. Fini le désherbage, l’arrosage devient anecdotique, et les traitements sont remplacés par l’observation des équilibres naturels. Le « travail » se transforme en une interaction agréable avec un système vivant et généreux. C’est là que réside la véritable abondance : non seulement dans le panier, mais aussi dans le temps libre retrouvé pour simplement profiter de son jardin.
L’abondance n’est plus une utopie, mais le résultat d’un design intelligent. Lancez-vous et transformez votre lopin de terre en un écosystème fertile et généreux, qui vous nourrira en légumes et en satisfaction.
Questions fréquentes sur la permaculture urbaine
Peut-on remplacer le maïs par une autre plante tuteur dans la Milpa ?
Oui, le tournesol ou le sorgho fonctionnent très bien comme tuteur alternatif, surtout en climat urbain où le maïs peut manquer de chaleur. Ils offrent une structure robuste pour les haricots grimpants.
Quelle est la surface minimale pour un Milpa productif ?
Un carré d’1m² au sol permet déjà une association fonctionnelle. En pots, il est recommandé d’utiliser au minimum 3 contenants de 50 litres pour donner assez d’espace à chaque « sœur », en choisissant des variétés naines.
Comment intégrer une 4ème plante ‘policière’ dans la Milpa ?
Ajoutez 2 à 3 pieds de capucine en bordure de l’association. Elle jouera le rôle de « plante-piège » en attirant les pucerons loin de vos haricots et courges. En prime, ses fleurs et feuilles sont comestibles et délicieuses en salade.
La menthe protège-t-elle vraiment tout le potager ?
Non, c’est un mythe courant. La menthe a un effet répulsif sur certains rongeurs et fourmis, mais son système racinaire est extrêmement envahissant et peut étouffer les autres cultures. Il est fortement conseillé de la cultiver en pot pour contrôler son expansion.
Le basilic améliore-t-il vraiment le goût des tomates ?
Bien que de nombreux jardiniers le rapportent, les études scientifiques sur une réelle amélioration du goût sont contradictoires. Cependant, son effet répulsif sur les pucerons et les aleurodes est prouvé, car il produit du linalol, un composé volatil qui perturbe ces insectes. C’est donc une excellente association de protection.
Quelle distance respecter entre la lavande et les cultures à protéger ?
Pour que son effet répulsif soit efficace, la lavande doit être plantée à une distance maximale de 1,5 mètre. Cependant, pour éviter la compétition pour l’eau et la lumière, laissez un espace d’au moins 40 cm entre le pied de lavande et les légumes-feuilles.